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Illusions perdues, une force de conviction incroyable

Si la plupart des romans perdent des plumes à être théâtralisés, cette adaptation du livre de Balzac signée Pauline Bayle frappe par sa force de conviction incroyable.

Disons-le tout franc, on se méfiait par avance de cette adaptation du chef-d’œuvre de Balzac. La plupart des romans perdent beaucoup de plumes à être théâtralisés. On l’a encore vu avec Le côté de Guermantes, que Christophe Honoré a tiré d’A la recherche du temps perdu, de Proust. Ou avec Les Démons, de Dostoïevski, mis en scène par Guy Cassiers. Ne serait-ce que pour des raisons de longueur, la lecture d’un roman-fleuve prenant plus de temps, le spectacle paraît forcément réducteur en comparaison.

On savait d’autre part que Pauline Bayle a distribué les rôles sans tenir compte du genre des interprètes. Lucien de Rubembré, le héros de l’histoire, est par exemple joué par une femme. Si bien qu’on est allé au théâtre comme une écrevisse : à reculons. Eh bien, au diable les a priori ! Cinq minutes après le début, on était happé par les aventures de Lucien Chardon, jeune poète angoumois venu tenter sa chance à Paris sous le nom usurpé de Rubempré, remportant quelques succès faciles dans les journaux de la Restauration, peu soucieux de probité, et se brûlant les ailes aussi vite qu’il s’était élevé.
 

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Nous avons vu le spectacle à la création voici deux ans, mais le confinement a tout stoppé quelques jours après. Heureusement le Théâtre de la Bastille a pu le reprogrammer cette année dès la fin du mois d’août. Il était encore à l’affiche quand est sorti le film de Xavier Giannoli tiré du même roman. Très intéressant de comparer les deux versions. L’une et l’autre sont réussies. Giannoli nous promène dans le Paris de l’époque, ses salons, ses alcôves, ses théâtres, ses salles de rédaction. Pauline Bayle, au contraire, ne montre rien. Ni décor, ni costumes d’époque. Juste quelques tables et chaises impersonnelles au centre d’un dispositif bifrontal. Et pourtant on voit tout. Absolument tout. Par quel miracle ? Mais c’est précisément ça, la spécificité du théâtre : il suggère des images. Tous les mimes vous le diront, pour que le public « voie » l’objet fantôme qu’ils évoquent, ils doivent avant tout se le représenter dans leur tête.

On peut en déduire que Pauline Bayle a une force de conviction incroyable : elle réussit à transmettre ses images mentales à la troupe, laquelle les projette à son tour devant nous. On avait déjà remarqué son talent dans ses précédents spectacles, on ne manquera pas de la suivre au Nouveau Théâtre de Montreuil dont elle vient de prendre la direction.

Jacques Nerson

En tournée : 
du 01/03 au 04/03 | La Rochelle (17) – La Coursive (scolaire le 04/03)
08/03 | Troyes (10) – Théâtre de la Madeleine
11/03 | Vitry-sur-Seine (94) – Théâtre Jean Vilar
15/03 | Vendôme (41) – L’Hectare Scène conventionnée de Vendôme
19/03 | Rosny-sous-Bois (93) – Théâtre et Cinéma Georges Simenon
du 22 au 24/03 | Angoulême (16) – Théâtre d’Angoulême
02/04 | Tremblay-en-France (93) – Théâtre Louis Aragon
05/04 | Gradignan (33) – Théâtre des Quatre Saisons
les 08 et 09/04 | Sartrouville (78) – Théâtre de Sartrouville et des Yvelines CDN
20/04 | Cachan (94) – Théâtre Jacques Carat
22/04 | Garges-les-Gonesse (95) – Espace Lino Ventura
du 26/04 au 06/05 | Angers (49) – Le Quai
09/05 | Aurillac (15) – Théâtre d’Aurillac
12/05 | Villejuif (94) – Théâtre Romain Rolland
les 17 et 18/05 | Alès (30) – Le Cratère, Scène nationale d’Alès
les 14 et 15/06 | Antibes (06) – Anthéa, Antipolis Théâtre d’Antibes