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Pathelin, Cléopâtre, Arlequin. Le théâtre dans la France de la Renaissance

L'Anthologie de L'avant-scène théâtre inspire une exposition au Musée national de la Renaissance. Armelle Héliot l'a visitée.

Écouen est un château moins fréquenté que son voisin Chantilly. Mais les collections qu’il recèle et l’exposition qui s’y tient jusque fin janvier, méritent une visite. Il y est des trésors d’architecture, de patrimoine, d’histoire, à vingt minutes de Paris par les trains, nombreux, qui partent de la Gare du Nord. Il est des paysages qui rompent avec les zones monotones des couronnes urbaines. À Écouen, dans le Val-d’Oise, on est immédiatement ailleurs. Pour peu que l’on rejoigne le château d’Anne de Montmorency (1493-1567) en traversant les bois, on est saisi d’un sentiment de dépaysement profond. Beauté d’une architecture si harmonieuse que le lieu a été choisi pour abriter le musée national de la Renaissance et y déploie, en des salles harmonieuses, ses célèbres cheminées peintes, ses mobiliers, objets, tapisseries somptueuses notamment. En cet automne et cet hiver 2018-2019, Écouen est aussi le lieu d’une exposition très intéressante consacrée au théâtre dans la France de la Renaissance.

Elle a été imaginée par Muriel Barbier, brillante jeune conservatrice du patrimoine attachée à Écouen. En lisant le volume de l’Anthologie de L’avant-scène théâtre consacrée au Théâtre français du Moyen Âge et de la Renaissance, elle a eu le sentiment qu’il était possible de rassembler les documents et pièces -rares- qui nourriraient un parcours accessible, susceptible de s’adresser à un public curieux, pas seulement spécialiste de l’art dramatique. Elle a eu raison. Elle partage le commissariat avec Olivier Halévy, co-auteur du volume de l’anthologie. Dans une claire et intelligente scénographie de Véronique Dollfus, les deux savants ont réuni de nombreux éléments. Beaucoup viennent des collections de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque de l’Arsenal. Des livres, donc, de nombreux livres qui exigent une attention certaine. Enluminés ou austères d’apparence livres de comptes. Très bien présentés, ils sont accompagnés d’explications claires.

On comprend à quel point le théâtre occupe une place importante, depuis le Moyen Âge, au cœur des cités. Le titre « Pathelin, Cléopâtre, Arlequin », apporte une note légère. Il n'existe pas de bâtiment dédié aux spectacles. Le théâtre est dans la rue, sur les places et tout le monde est embarqué et participe. Il y a des entrepreneurs, des producteurs, des artisans spécialisés. Et des interprètes. Fabliaux, soties sont donnés régulièrement, mais ce sont les grands, très grands spectacles donnés sur plusieurs jours qui frappent le plus nos imaginations ! Du Moyen Âge et de ses mystères à la Renaissance, les effets, les machines, tout semble avoir été inventé et l’on va donc jusqu’à la commedia dell’arte et à cet Arlequin imaginé spécialement pour cette exposition unique.

Armelle Héliot

« Pathelin, Cléopâtre, Arlequin. Le théâtre dans la France de la Renaissance », au Château d'Écouen (95), jusqu'au 28 janvier 2019. Tous les jours sauf mardi. À lire : Catalogue, 29 euros ; « Anthologie de L'avant-scène théâtre », 35 euros ; « Écouen grand œuvre de la Renaissance », par Thierry Crépin-Leblond, directeur du Musée national de la Renaissance, et Guillaume Fonkenell, 35 euros.