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Un jour, un auteur : Élodie Menant

Élodie Menant est comédienne, directrice de compagnie et auteure. Elle a coécrit et interprété la pièce "Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?" parue à L’avant-scène théâtre, jouée à Avignon puis au Petit-Montparnasse et en tournée.

« J’ai retrouvé le plaisir de l’écriture »

L’avant-scène théâtre : Où êtes-vous confiné ?
Élodie Menant :
Je suis chez moi, en région parisienne.

AST : Comment se déroulent vos journées ?
É. M. :
Il y a d’abord eu un relâchement total. Je me suis enfin autorisée à me reposer sans culpabiliser. Puis un rythme s’est établi. Je commence avec du yoga le matin, avant de travailler à mes projets d’écriture, 4-5 heures par jour, au soleil quand il y en a. Ensuite je fais du sport, car je ne peux pas vivre sans sport ; soit je vais courir, soit je fais du fitness chez moi. Ce qu’il me reste de temps est consacré à des activités ludiques et plaisantes : jardinage, lecture, ballade, mais aussi chant ou danse. Aucune place pour l’ennui !

AST : Avez-vous des projets d’écriture en cours ? Est-ce une période propice pour écrire ?
É. M. :
J’avais un peu perdu le goût de l’écriture, car j’étais trop prise par ailleurs, par le jeu et les tournées d’Arletty notamment, ainsi que par la préparation de mon projet pour le festival d'Avignon, qui a finalement dû être reporté à cause du covid. Je me sentais submergée. J’avais l’impression que la moindre chose qu’on me demandait était devenue une charge. La période de confinement me permet de revivre à un rythme beaucoup plus calme, de prendre du temps pour moi. Grâce à cela, j’ai retrouvé l’envie d’écrire. Je ne me sens plus dans l’obligation de rien, absolument pas pressée par le temps puisque je ne sais même pas quand les théâtres vont rouvrir. Je n’écris donc plus que par plaisir.
Je travaille actuellement sur deux projets. L’un avec Aliocha Itovich, qui jouait dans La Peur de Stefan Zweig, que j’ai mise en scène. C’est l’histoire du neveu de Jorge Donn, le danseur fétiche de Maurice Béjart, passionné de danse lui-même, mais qui, écrasé par la carrière de son oncle, devient finalement peintre en bâtiment. C’est un récit initiatique et un questionnement sur le dilemme entre chercher à réaliser nos rêves ou choisir la sécurité. Le second projet est celui que je mène avec Gaston Re. C’est une histoire vraie fascinante qui raconte le destin de deux hommes malmenés dont la rencontrés fortuites crée des miracles.

AST : La situation actuelle peut-elle être une source d’inspiration ?
É. M. :
Dans le relâchement que cela génère, oui. Mais si je me laisse submerger par les informations sur l’épidémie, le nombre de morts en boucle, les batailles entre médecins, ce que l'on fait vivre aux personnes âgées isolées en Ephad, l’impossibilité d’assister à un enterrement, c’est trop anxiogène et trop violent. Je me suis donc coupée de cela. Mais même quand on sort, la surprotection des gens me déstabilise beaucoup, certains vont bien au-delà des précautions recommandées. La situation exacerbe dans la population une peur permanente et certains comportements absurdes – comme laver les pattes des animaux à l’eau de javel. Le désespoir que tout cela crée en moi n’est pas du tout source d’inspiration. Cela aurait plutôt tendance à saper mon enthousiasme et mon énergie. Je préfère donc vivre recluse dans ma bulle, proche de la nature et me concentrer sur la vie et l’écriture.

AST : Qu’est-ce qui vous manque le plus ? Qu’est-ce que vous appréciez ?
É. M. :
La liberté ! La liberté de sortir quand je veux sans avoir à penser à mon attestation et à ma carte d’identité, sans craindre de faire mes courses à l’heure de pointe, ou d’être contrôlée. Mais à part cela, j’apprécie ce temps de pause. Je peux décider d’aller écrire ou de jardiner, de regarder les fleurs pousser ou les oiseaux dans le jardin. L’envie et le plaisir sont devenus mes seuls moteurs.

AST : Le confinement vous-a-t-il fait prendre conscience de certaines choses et vous a-t-il donné des envies de changement ?
É. M. :
Outre les changements écologiques profonds que nous sommes nombreux à souhaiter, personnellement, je vais sans doute réfléchir à ralentir mon rythme de vie. Quand on écrit, le cerveau ne s’arrête jamais, il n’a pas de jours de congés ! Alors quand mes activités de comédiennes, de directrice de compagnie, de productrice et mes travaux de doublage viennent se mêler à cela, c’est trop de sollicitations. Je vais essayer de ne plus cumuler trop de projets d’écriture en même temps.

AST : Quelle est la première chose que vous ferez quand vous sortirez ?
É. M. :
Dès que ce sera possible, jouer et aller au théâtre ! Et aller au restaurant en amoureux.

AST : Pouvez-vous nous citer un objet et une œuvre artistique qui vous ont accompagné pendant cette période ?
É. M. : Un objet : Une pelle pour jardiner, bien sûr !
Un livre : Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson), que j’ai enfin fini. Je pense qu’il a voyagé avec moi un peu partout en France et dans le monde lors de notre tournée de "Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?". J’ai enfin eu le temps de me poser pour le déguster pleinement. Hasard ou coïncidence, Sylvain Tesson raconte son « confinement » dans sa cabane sibérienne ! Un livre exquis à l’écriture poétique.

Propos recueillis par Violaine Bouchard

Lire la pièce d'Élodie Menant