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Un jour, un auteur : Éric Bu

Éric Bu est réalisateur, metteur en scène, scénariste et auteur dramatique. Il a coécrit avec Élodie Menant "Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty", publié dans la revue L’avant-scène théâtre et "Lorsque Françoise paraît", une pièce sur Françoise Dolto à paraître en 2020.

« La réalité a rattrapé la fiction ! »

L’avant-scène théâtre : Où êtes-vous confiné ?
Éric Bu : Je suis à Vincennes, ce qui me permet de bénéficier d’un peu de verdure aux abords du bois et du château. Il y a de l’air, de la lumière et des voisins agréables. Le seul désagrément est le chantier en bas de l’immeuble qui vient de reprendre. En confinement, c’est un peu la double-peine…

AST : Comment se déroulent vos journées ?
É. B. : Par rapport à d’habitude où aucune journée ne se ressemble, là, mon emploi du temps est devenu très régulier. Avec mon épouse, nous avons instauré des rituels : quelques exercices de gym le matin au réveil avant de travailler : d’abord l’écriture, puis les mails pour suivre l’avancement de mes projets. Pour la pause déjeuner, nous essayons de varier les plaisirs et la cuisine a pris une place très importante dans nos journées. Ensuite, je continue à travailler ou je m’autorise une petite sieste, ou une série. La fin de journée est un créneau réservé au téléphone. Je me suis rendu compte qu’il n’avait plus de place dans ma vie, remplacé par les mails et les textos. Là, cela devient un vrai temps d’échange et de retrouvailles. Le soir, nous essayons de ne pas nous faire absorber par les écrans totalement, en faisant des ateliers de dessins ou d’écriture un peu ludiques. Mais nous profitons aussi des captations mises en ligne par l’Opéra et la Comédie-Française.

AST : Avez-vous des projets d’écriture en cours ? Est-ce une période propice pour écrire ?
É. B. : Je travaille depuis deux ans sur un projet assez pharaonique, pour lequel je désespérais d’arriver à une première version écrite. Mais grâce au confinement j’en prends le chemin. C’est un projet théâtral sur les élections présidentielles de 2007 du côté de l’équipe de campagne de Ségolène Royal. Il y a une documentation monstrueuse à éplucher puisqu’il faut respecter la vérité historique, tout en trouvant la juste distance pour faire vivre les personnages. Je viens aussi de finir la première version d’une pièce avec Laura Léoni. Cela se passe dans une communauté de collapsologues, et l’une des protagonistes se retrouve coincée par une tempête qui coupe les routes. C’est un projet que nous avons commencé à écrire il y a neuf mois, et aujourd’hui la réalité a rattrapé la fiction ! Nous avons pu faire hier une première lecture confinée par Internet, avec notamment Hervé Dubourjal et Élodie Menant. C’est donc un bon moment pour l’écriture, mais évidemment, pour les répétitions, c’est une catastrophe… Cela permet quand même d’avancer pour l’avenir, en espérant qu’il y en ait un…

AST : La situation actuelle peut-elle être une source d’inspiration ?
É. B. : Oui, je pense que nous risquons même d’être noyés dans les mois et les années à venir par les œuvres littéraires, dramatiques et filmiques sur le sujet ! Finalement, Laura Léoni et moi avions un peu anticipé les choses avec notre pièce. Cependant cela fait des années que nous avons pléthore de films distopiques. Ce qui avait tendance à m’énerver, d’ailleurs ; je me disais qu’à force, ils allaient finir par faire advenir la catastrophe !

AST : Qu’est-ce qui vous manque le plus ? Qu’est-ce que vous appréciez ?
É. B. : Ce qui me manque le plus, ce sont les contacts physiques, les embrassades, et le spectacle vivant ! Et aussi les rues de Paris, car j’adore marcher dans Paris. Mais j’apprécie ce temps plus structuré, où l’énergie est moins dispersée et gaspillée.

AST : Le confinement vous-a-t-il fait prendre conscience de certaines choses et vous a-t-il donné des envies de changement ?
É. B. : Étant marié depuis peu, cela m’a déjà fait prendre conscience que j’ai une femme exceptionnelle ! C’est la première fois que nous passons autant de temps l’un avec l’autre, dans un appartement. Ce test me fait réaliser à quel point j’ai de la chance de l’avoir rencontrée. Après le confinement, j’aimerais bien continuer à avoir des journées plus structurées, à moins me disperser. Mais j’ai peur que cela ne soit comme les résolutions de début d’année que l’on ne tient jamais… Et je voudrais aussi garder plus de temps pour faire de la cuisine ; c’est important, la matière !

AST : Quelle est la première chose que vous ferez quand vous sortirez ? Et qu’est-ce que vous ne ferez plus ?
É. B. : J’irai me promener dans Paris, et voir mes amis. Et j’espère que je n’aurais plus à faire de vidéo-conférences, c’est épuisant !

AST : Pouvez-vous nous citer un objet ou une œuvre artistique qui vous ont accompagné pendant cette période ?
É. B. : Un objet : Un petit phoque, souvenir de mon dernier week-end au Crotoy, où j’avais vu les phoques sur les immenses plages du nord… Quand j’ai besoin d’espace, ce petit phoque m’y projette !
Une œuvre : L’Arbre monde de Richard Power. Ce livre est un roman puissant, qui offre du temps, de l'espace, de la hauteur… Comme un arbre millénaire. C’est très rassurant de nos jours, le point de vue de l'arbre !

Propos recueillis par Violaine Bouchard

Lire la pièce d'Éric Bu