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Un jour, un auteur : Serge Kribus

Serge Kribus est auteur, scénariste, metteur en scène et comédien. Il a écrit et mis en scène "Clara Haskil, prélude et fugue", l’histoire d’une pianiste prodige, publiée dans la Collection des quatre-vents.

« La vie est inspiration. »

L’avant-scène théâtre : Comment se sont déroulées vos journées pendant le confinement ?
Serge Kribus :
Je ne sais même pas comment elles se sont déroulées. Elles passaient étrangement vite. Le premier mois a été difficile. Je m’inquiétais pour un ami proche. J’étais triste et je trouvais tout terriblement triste. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est la situation que ma mère a vécue en 1942. Elle était âgée de 9 ans, elle venait d’Anvers et elle a été cachée avec les siens pendant trois années dans un appartement à Schaerbeek, une commune de Bruxelles. Sans pouvoir sortir, sans pouvoir se montrer, sans pouvoir faire le moindre bruit, avec peu, presque rien, avec la peur d’être dénoncée, avec la peur qui coule dans le ventre lentement par goutte, chaque jour. Je savais déjà que la longue dépression qu’elle avait porté toute sa vie était venue, en partie, de cette période. Je l’ai à nouveau mesuré.
Fin mars, j’ai lu un recueil de nouvelles de Rabindranath Tagore. Chacune était comme les premiers rayons de l’aube après une nuit tourmentée. Ça m’a fait du bien.
Un matin, une amie m’a envoyé un entretien d’un sculpteur que j’aime beaucoup, Ousmane Sow, décédé il y a déjà quatre ans. Ses mots m’ont donné le sourire pour la journée. « Je sculpte depuis que je suis enfant. A Paris, je sculptais le soir, par plaisir. Il ne faut pas rester une journée sans plaisir. » Et puis j’ai lu ces mots de Milena Jesenska qui ont été l’oiseau dont elle parle : « Dites-moi, cela ne vous est-il jamais arrivé ? Vous êtes couchée dans la nuit, vous regardez le plafond dans le noir, paralysée de terreur et de douleur et soudain, quelque part à l’étage, un enfant pleure et pleure à votre place. Ne vous est-il jamais arrivé qu’au théâtre des hommes meurent, se battent et chantent à votre place ? Ne vous est-il jamais arrivé de voir à l’horizon un oiseau qui vole à votre place, les ailes déployées, tranquille, heureux, disparaissant au loin pour ne jamais revenir ? N'avez-vous jamais trouvé une route dont les pavés sont capables de supporter précisément autant de pas qu’il vous en faut pour vous libérer de la douleur ? »

AST : Avez-vous des projets d’écriture en cours ? Est-ce une période propice pour écrire ?
S. K. :
J’ai de nombreux projets d’écriture et plusieurs en cours. Mais je ne trouve pas que cela soit une période propice pour écrire. Peut-être qu’on n’aura pas le choix. On ne le sait pas encore. Et peut-être que nous devrons nous adapter.

AST : La situation actuelle peut-elle être une source d’inspiration ?
S. K. :
La vie est inspiration. Tout est source d’observation et de réflexion.

AST : Qu’est-ce qui vous manque le plus ? Qu’est-ce que vous appréciez ?
S. K. :
Mes amis me manquent. Marcher dans la rue me manque. Me sentir, par moments, insouciant. Regarder les gens que je ne connais pas, regarder leurs yeux, leur sourire, les entendre chanter. Parler à un inconnu ou une inconnue, se présenter et tendre la main. Je n’aime pas ce que nous vivons, mais le calme soudain dans la ville m’est précieux.

AST : Le confinement vous-a-t-il fait prendre conscience de certaines choses et vous a-t-il donné des envies de changement ?
S. K. :
Non. La conscience, l’envie et la nécessité du changement étaient là avant, depuis longtemps.

AST : Quelle est la première chose que vous ferez quand vous sortirez ? Et qu’est-ce que vous ne ferez plus ?
S. K. :
Voir mes amis.

AST : Pouvez-vous nous citer une œuvre qui vous a accompagné pendant cette période ?
Le Vagabond et autres histoires de Rabindranath Tagore

Propos recueillis par Violaine Bouchard

Lire la pièce de Serge Kribus