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Un vent de jeunesse souffle sur les éditions L'avant-scène théâtre !

Parce que l'amour des livres et du théâtre s'acquiert dès le plus jeune âge, parce que la lecture et le jeu sont des portes ouvertes sur le rêve et le monde, L'avant-scène théâtre a conçu avec les éditions Nathan une collection de théâtre jeunesse illustrée pas comme les autres. Ses auteurs nous confient leur point de vue : Stéphanie Tesson (3/6)

La Loi du nez rouge n’est pas la première pièce que Stéphanie Tesson écrit pour les enfants. Cette auteure, metteure en scène et comédienne nous fait part du rôle vital du théâtre comme contre-outil éducatif, pour la créativité et l’émancipation.

L’avant-scène théâtre : Qu’est-ce qui vous a incité à participer au projet Lire et jouer ?

Stéphanie Tesson : Le lien indéfectible que j’ai avec L’avant-scène théâtre, et ma confiance en Anne-Claire Boumendil, la créatrice de la collection. L’envie m’est venue de son enthousiasme, de la confiance que j’ai en sa perception des auteurs et des projets qu’elle peut mener avec eux. Le cadre était d’emblée très ciblé et identifié, et elle a demandé à un petit cheptel de faire les « cobayes », des auteurs qu’elle connaît à la fois humainement et littérairement. C’est aussi mon amour du théâtre pour enfants qui m’y a incitée, du théâtre adressé à l’enfance plus exactement, qui permet d’oublier et de dépasser tous les codes de réalisme, et d’aller fouiller dans l’imaginaire, le symbole, l’allégorie.

AST : Comment vous est venue l’idée de votre « bêtise » de Mip et Lo ?

S. T. : J’ai des petits neveux qui sont très attentifs à l’actualité, et qui adorent imiter les journalistes. Ils parlent constamment de la crise actuelle, en prenant des airs très sérieux à la manière de Claire Chazal et des présentateurs du journal télévisé. La réinterprétation des actualités par des esprits innocents est une des choses les plus sublimes et poétiques que je connaisse, qui vous fait aimer l’actualité et la pare de tous les attraits. Je m’interroge aussi sur la notion de loi parentale absolue. C’est terrible quand un enfant demande : pourquoi il faut que je dîne à 8 heures alors que je n’ai pas faim ? Je suis moi-même saisie par la pertinence de la question et l’absurdité de ladite loi. Autant les lois politiques et civiques ont été réfléchies par des siècles de civilisation et de mise à l’épreuve, autant les lois de l’éducation sont souvent soumises à pas mal de discussions et de remises en question de leur aspect arbitraire, qui peut vite mener à la conclusion de leur absurdité.

AST : Qu’est-ce qui vous a plu dans le fait d’écrire cette pièce ?

S. T. : Ce qui m’a plu, c’est le projet du cadre familial, la famille typique avec le chat et le chien comme balises, la famille idyllique comme on l’imagine. Et ce qui m’a plu est aussi ce qui m’a déplu. D’habitude, je n’aime pas être trop cadrée dans mon imaginaire. Au début je craignais que cela soit limitant et frustrant de ne pas pouvoir inventer ne serait-ce que le prénom de l’enfant, son caractère. Mais finalement je me suis prise au jeu et j’ai trouvé amusant d’avoir des règles très définies, des obligations qui orientent l’écriture. Car le travail de défrichage était déjà très avancé, dense et détaillé.

AST : Selon vous, qu’est-ce que le théâtre peut apporter aux enfants ?

S. T. : Tout : un épanouissement, une possibilité de contredire tout ce que l’on leur apprend à l’école. Pour moi, le théâtre est l’envers du savoir. La créativité est tout ce qu’on apprend à ne pas faire à l’école, où l’on incite les enfants à entrer dans le formatage d’une certaine conception du monde. Tout cela est pulvérisé par une incitation à libérer leur imagination et à réinventer le monde. C’est la recréation du monde, et c’est jouissif pour un enfant. Le théâtre s’inspire de l’enfance, d’ailleurs. D’abord par le mot « jouer », qui est au centre du principe théâtral : le théâtre est un jeu d’enfant.

AST : Quel a été votre rapport enfant au théâtre ?

S. T. : Immédiat et salutaire ! Le théâtre m’a fait entrer dans la vie et –paradoxalement – supporter le réel. Je ne supportais pas le monde comme il était. Mais vraiment pas. Et le théâtre m’a permis de le voir autrement, de l’accepter en le réinventant, de comprendre qu’une autre réalité – celle des artistes – était possible, admise et même approuvée, et même admirée. Ce monde recréé était inspiré de l’autre, mais totalement différent. C’était un monde où la liberté était la force motrice et dont j’étais – comme chacun dès lors qu’il y entre comme concepteur –, le dieu, le démiurge, le recréateur. Refaire le monde à son image ! (C’est peut-être un peu narcissique…) La poésie, le rêve, l’humour, pouvoir vivre et mourir dans la même seconde, croire et ne pas croire, vivre une chose et son contraire à la fois, et constater autant de vérités qu’il y a de bouches pour les proférer. Avec Dieu, avec l’Invisible pour spectateur bienveillant et protecteur. Et comprendre ce miracle de la foi : si tu ne crois pas, tu es mort.

AST : Si vous deviez incarner un personnage de la collection, lequel choisiriez-vous ? pourquoi ?

S. T. : Le chien ! C’est celui qui a le droit de mettre le désordre. Il est porteur de bêtises. C’est son rôle. Il incarne la catharsis, la remise en cause permanente de la raison pure ! Ou pour le dire plus simplement, c’est le défouloir. Le bouffon.